Through the Eyes of the Austrian
In the heights of the Alps, where snow falls for centuries and covers everything that hurts, our people carry a story that is not loudly told, but quietly sits in the bones. We are the people of mountains that never truly kneel, of valleys where rivers cut like memories, of a country that was once an empire and now learns to be small without breaking. Our red-white-red is like an old wound: red for all the blood we let flow, white for the snow that forgives, but never quite erases.
The pain began long before the twentieth century, like a distant storm that slowly rolls closer. In 1529 and 1683 the Ottomans stood before Vienna, a sea of swords and horses that darkened the sky. Every family knew the fear: mothers hiding children in cellars, the smell of burning villages drifting over the Danube, cannons shaking the walls like a breaking heart. The siege of 1683 was not a distant war—it was death at the threshold, famine hollowing bodies, thousands dying in trenches and cold. And before that, in the Thirty Years' War, the land was an open wound: armies that ate everything, plague emptying houses, entire valleys where half the people vanished in hunger and disease. Every generation knew loss—not only of lives, but of the dream that mountains always protect you.
From that depth comes a pride that does not shout, but blooms. The edelweiss, that small white flower that grows only on the highest, coldest peaks, where wind cuts and frost bites—that is us. It is no grand trophy, but a quiet miracle: it survives storms, loneliness, darkness. We built houses from rubble after 1918, when the empire fell and we were left poor and lost. After 1945 we cleared ruins, hungry and cold, but carried on. The neutrality of 1955 was no coincidence—it was an act of deep-rooted courage: we said no to new great powers, no to new walls, yes to bridges in a divided world. Mozart made the mountains dance, Strauss wrote waltzes like a heartbeat that continues. Franz Jägerstätter, the farmer who refused to bow and died, is our conscience: a candle that burns in the snow.
But the truth colors magenta like a scar that never fully heals. In 1938 many cheered along, others were silent, looked away while Mauthausen filled and families tore apart. The Waldheim era tore the veil open: we were not pure victims, but part of the story. Every family knew someone who followed, someone who was silent. The outside world looked without much empathy, let us call ourselves “the first victim” too long while complicity festered.
Yet we commemorate in silence: monuments in the mountains, stories by the fire, National Day on October 26 as a promise—never again silence, never again walls. We teach the children the darkness, so they do not repeat it.
And yet… a snowflake falls on the edelweiss, white and pure after the storm, turquoise like the sky that finally clears above the Grossglockner. That is our secret: we have suffered, failed, fought, and learned. For our children we fold no grand dreams, but a simple question: how do we remain tender in a world that is hard?
January 2026
Manna Ori
#010-EN – Through the Eyes of the Austrian
Aux Yeux de l’Autrichien
Dans les hauteurs des Alpes, où la neige tombe depuis des siècles et recouvre tout ce qui fait mal, notre peuple porte une histoire qui n’est pas racontée à haute voix, mais qui est silencieusement ancrée dans les os. Nous sommes les gens des montagnes qui ne s’agenouillent jamais vraiment, des vallées où les rivières coupent comme des souvenirs, d’un pays qui fut autrefois un empire et qui apprend maintenant à être petit sans se briser. Notre rouge-blanc-rouge est comme une vieille blessure : rouge pour tout le sang que nous avons laissé couler, blanc pour la neige qui pardonne, mais n’efface jamais complètement.
La douleur a commencé bien avant le vingtième siècle, comme une tempête lointaine qui s’approche lentement. En 1529 et 1683, les Ottomans se tenaient devant Vienne, une mer d’épées et de chevaux qui assombrissait le ciel. Chaque famille connaissait la peur : des mères cachant leurs enfants dans les caves, l’odeur des villages en feu flottant sur le Danube, des canons faisant trembler les murs comme un cœur qui se brise. Le siège de 1683 n’était pas une guerre lointaine – c’était la mort sur le seuil, la famine creusant les corps, des milliers mourant dans les tranchées et le froid. Et avant cela, pendant la guerre de Trente Ans, le pays était une plaie ouverte : des armées qui dévoraient tout, la peste vidant les maisons, des vallées entières où la moitié des gens disparaissaient dans la faim et la maladie. Chaque génération connaissait la perte – non seulement de vies, mais du rêve que les montagnes nous protègent toujours.
De cette profondeur naît une fierté qui ne crie pas, mais qui fleurit. L’edelweiss, cette petite fleur blanche qui ne pousse que sur les pics les plus hauts et les plus froids, où le vent coupe et le gel mord – c’est nous. Ce n’est pas un grand trophée, mais un miracle silencieux : il survit aux tempêtes, à la solitude, à l’obscurité. Nous avons construit des maisons à partir des ruines après 1918, quand l’empire s’est effondré et que nous sommes restés pauvres et perdus. Après 1945, nous avons dégagé les décombres, affamés et gelés, mais nous avons continué. La neutralité de 1955 n’était pas un hasard – c’était un acte de courage profondément enraciné : nous avons dit non aux nouvelles grandes puissances, non aux nouveaux murs, oui aux ponts dans un monde divisé. Mozart a fait danser les montagnes, Strauss a écrit des valses comme un battement de cœur qui continue. Franz Jägerstätter, le paysan qui a refusé de s’incliner et qui est mort, est notre conscience : une bougie qui brûle dans la neige.
Mais la vérité colore magenta comme une cicatrice qui ne guérit jamais complètement. En 1938, beaucoup ont applaudi, d’autres ont gardé le silence, ont détourné le regard pendant que Mauthausen se remplissait et que les familles se déchiraient. L’époque Waldheim a déchiré le voile : nous n’étions pas de purs victimes, mais une partie de l’histoire. Chaque famille connaissait quelqu’un qui avait suivi, quelqu’un qui s’était tu. Le monde extérieur a regardé sans beaucoup d’empathie, nous laissant trop longtemps nous appeler « la première victime » pendant que la complicité continuait à suppurer.
Pourtant, nous commémorons dans le silence : des monuments dans les montagnes, des histoires autour du feu, la Journée nationale du 26 octobre comme une promesse – plus jamais le silence, plus jamais les murs. Nous apprenons aux enfants les ténèbres, pour qu’ils ne les répètent pas.
Et pourtant… un flocon de neige tombe sur l’edelweiss, blanc et pur après la tempête, turquoise comme le ciel qui s’éclaircit enfin au-dessus du Grossglockner. C’est notre secret : nous avons souffert, échoué, combattu et appris. Pour nos enfants, nous ne plions pas de grands rêves, mais une simple question : comment restons-nous tendres dans un monde qui est dur ?
Janvier 2026
Manna Ori
#010-FR – Aux Yeux de l’Autrichien