Through the Eyes of the Bosnian

In the green valleys where rivers like the Neretva and Drina cut through mountains, where old bridges stand over centuries and the wind whispers through pines like an ancient song, our story begins in a time of coexistence and beauty. Long before the storms came, we lived in a land of mix and harmony: Bosnia as a bridge between East and West, where Muslims, Orthodox, Catholics, and Jews lived side by side for centuries. The Ottoman era brought mosques with minarets that touched the sky, Catholic churches with bells that sang, Orthodox monasteries in the mountains, and synagogues in Sarajevo. The Baščaršija in Sarajevo bustled with traders, coffeehouses where people talked about poetry and life, craftsmen who hammered copper into lamps and coffee pots. Every family knew the sevdah songs that touched the soul, the burek that came warm from the oven, the coffee that was slowly drunk in silence. We were a people of bridges: the Stari Most in Mostar, built in 1566, a perfect arch that connected two shores – symbol of unity, of people who knew each other as neighbors, not enemies. That was our golden silence: a land where religions danced in the same streets, where differences gave color instead of tearing apart.

But then came the wave of hate, like thunder falling from the sky. The 1990s: the war broke out in 1992, and what began as political tensions became a hell of blood and fire. Sarajevo was besieged for 1425 days – the longest siege of a capital in modern history – shells fell on markets, on weddings, on children fetching water. Srebrenica in July 1995: more than 8,000 boys and men murdered, bodies in mass graves, while the world watched but did not intervene. Every family knew loss: a brother who did not return, a house that burned, a mother who told stories in the dark. The Stari Most was blown up, bridges destroyed, cities like Mostar split in two. The pain was not only in numbers – more than 100,000 dead, two million displaced – but in the smell of smoke, the silence after explosions, the emptiness at the table.

From that depth comes a pride that is deep and silent. The people who stayed and rebuilt: the Stari Most was restored in 2004, stone by stone, as a promise that bridges can come back. The youth who now dance at festivals, the artists who make Sarajevo bloom again, the sevdah that is still sung in cafés. We have learned that unity does not come by itself, but that we can choose it – in small things: neighbors sharing coffee, children playing together, the Wiphala of our diversity that we slowly embrace again.

But the truth colors magenta like a scar that never fully heals. The Dayton peace of 1995 brought calm, but also division: a country in three entities, bureaucracy that is stuck, youth who emigrate because hope is sometimes thin. The outside world often looks without understanding – they see only the war, not the bridges we still build, not the beauty that survived.

Yet we commemorate in silence: on the bridges where we cross again, in the mosques, churches, and synagogues that stand next to each other, on March 1 when we celebrate independence – never forget who we were. We tell our children about the Stari Most and the sevdah, so they know: we were one before we were broken.

And yet… the Stari Most stands again over the Neretva, a perfect arch after the storm, turquoise like the river that always flows on. That is our secret: we have suffered under hate and division, but we were first a land of bridges and coexistence. For our children we fold no walls, but a question: how do we build those bridges again, how do we let the rivers sing again for everyone, how does Bosnia become home for all colors again?

January 2026

Manna Ori

#022-EN – Through the Eyes of the Bosnian

Aux Yeux du Bosnien

Dans les vallées vertes où les rivières comme la Neretva et la Drina taillent à travers les montagnes, où les vieux ponts se dressent depuis des siècles et où le vent murmure à travers les pins comme une vieille chanson, notre histoire commence à une époque de coexistence et de beauté. Longtemps avant que les tempêtes n’arrivent, nous vivions dans un pays de mélange et d’harmonie : la Bosnie comme un pont entre l’Orient et l’Occident, où musulmans, orthodoxes, catholiques et juifs vivaient côte à côte pendant des siècles. L’époque ottomane apporta des mosquées avec des minarets touchant le ciel, des églises catholiques avec des cloches qui chantaient, des monastères orthodoxes dans les montagnes et des synagogues à Sarajevo. La Baščaršija à Sarajevo bruissait de commerçants, de cafés où l’on parlait de poésie et de vie, d’artisans qui martelaient le cuivre en lampes et cafetières. Chaque famille connaissait les chansons sevdah qui touchaient l’âme, le burek chaud sortant du four, le café bu lentement en silence. Nous étions un peuple de ponts : le Stari Most à Mostar, construit en 1566, un arc parfait reliant deux rives – symbole d’unité, de gens qui se connaissaient comme voisins, non comme ennemis. C’était notre silence doré : un pays où les religions dansaient dans les mêmes rues, où les différences donnaient de la couleur au lieu de déchirer.

Mais vint alors la vague de haine, comme un tonnerre tombant du ciel. Les années 1990 : la guerre éclata en 1992, et ce qui avait commencé comme des tensions politiques devint un enfer de sang et de feu. Sarajevo fut assiégée pendant 1425 jours – le plus long siège d’une capitale dans l’histoire moderne – des obus tombaient sur les marchés, sur les mariages, sur les enfants allant chercher de l’eau. Srebrenica en juillet 1995 : plus de 8 000 garçons et hommes assassinés, des corps dans des fosses communes, tandis que le monde regardait sans intervenir. Chaque famille connaissait la perte : un frère qui ne revenait pas, une maison qui brûlait, une mère qui racontait des histoires dans le noir. Le Stari Most fut dynamité, des ponts détruits, des villes comme Mostar coupées en deux. La douleur n’était pas seulement dans les chiffres – plus de 100 000 morts, deux millions de déplacés – mais dans l’odeur de la fumée, le silence après les explosions, le vide à table.

De cette profondeur naît une fierté profonde et silencieuse. Les gens qui sont restés et ont reconstruit : le Stari Most fut restauré en 2004, pierre par pierre, comme une promesse que les ponts peuvent revenir. Les jeunes qui dansent aujourd’hui aux festivals, les artistes qui font à nouveau fleurir Sarajevo, le sevdah encore chanté dans les cafés. Nous avons appris que l’unité ne vient pas d’elle-même, mais que nous pouvons la choisir – dans les petites choses : des voisins partageant un café, des enfants jouant ensemble, le Wiphala de notre diversité que nous embrassons lentement à nouveau.

Mais la vérité colore magenta comme une cicatrice qui ne guérit jamais complètement. La paix de Dayton en 1995 apporta le calme, mais aussi la division : un pays en trois entités, une bureaucratie bloquée, des jeunes qui émigrent parce que l’espoir est parfois mince. Le monde extérieur regarde souvent sans comprendre – il ne voit que la guerre, pas les ponts que nous continuons à construire, pas la beauté qui a survécu.

Pourtant nous commémorons en silence : sur les ponts où nous traversons à nouveau, dans les mosquées, églises et synagogues qui se tiennent côte à côte, le 1er mars quand nous célébrons l’indépendance – ne jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants le Stari Most et le sevdah, pour qu’ils sachent : nous étions un avant d’être brisés.

Et pourtant… le Stari Most se dresse à nouveau sur la Neretva, un arc parfait après la tempête, turquoise comme la rivière qui coule toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous la haine et la division, mais nous étions d’abord un pays de ponts et de coexistence. Pour nos enfants nous ne plions pas de murs, mais une question : comment reconstruire ces ponts, comment laisser les rivières chanter à nouveau pour tout le monde, comment la Bosnie redevient-elle la maison de toutes les couleurs ?

Janvier 2026

Manna Ori

#022-FR – À travers les yeux du Bosnien

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