Through the Eyes of the Bulgarian
In the shadow of the Balkan Mountains, where the Danube flows through the land like an old father, where rose fields bloom like a pink sea and the wind whispers through Thracian graves, our story begins in a time of glory and pride. Long before the storms of the outside world came, we lived as the heart of Thrace – a land of kings and warriors, where Orpheus made animals dance with his lyre and the dead sing. Our ancestors built burial mounds full of gold and silver, temples for the sun god, cities like Plovdiv older than Rome. The Bulgarians came in the 7th century, mixed with Slavs and Thracians, and founded the First Bulgarian Empire – a great power that made Constantinople tremble. King Simeon the Great built churches, translated books, created an alphabet that shaped the Slavic world. We were a people of poets and warriors, of rose oil that perfumed the world, of yogurt that came from our mountains and fed the world. Every family knew the songs of the haiduks, the dances around the fire, the monasteries on mountain tops where monks guarded manuscripts. That was our golden time: a land that stood between East and West, but had its own voice – strong, melodic, unbreakable.
But then came the wave from outside, long and bitter. The Ottomans took us in 1396, and for almost 500 years we were under the yoke: blood taxes (devşirme – boys taken to become janissaries), churches turned into mosques, our language spoken in secret. Every family knew the loss: a son who never returned, a mother whispering stories in the dark, a people that almost forgot its name. The uprisings of 1876 were drowned in blood, thousands murdered in the April Uprising, but that fire led to liberation in 1878 – with Russian help, but at the price of independence that never felt completely free. The world wars cut our land apart again, the communist era after 1944 brought hope but also prisons, silence, and fear.
From that depth comes a pride that is deep and melodic. The roses that still bloom in the Valley of the Roses, the yogurt that goes around the world, the voices of the Bulgarian choir singing that touch the soul. We gave the world the Cyrillic alphabet, Christo's voice that wrapped the world, the dances that still go around the fire. Our monasteries like Rila and Bachkovo stand as guardians, our haiduks as heroes in stories. We are a people that survives – rising again after every fall, singing again after every silence.
But the truth colors magenta like a sunset over the Balkans. Emigration is great: youth leave for a better life, the population shrinks, corruption eats at trust, and the outside world often looks without seeing – they see only history, not the struggle of today to stand in a fast-changing world.
Yet we commemorate in silence: around the fire where sevdah-like songs sound, during March 3 when we celebrate liberation, in the monasteries where candles burn – never forget who we were. We tell our children of Orpheus and Simeon, of the roses and the mountains, so they know: we were great before we were made small.
And yet… a rose blooms in the valley, pink and strong after the winter, turquoise like the Danube that always flows on. That is our secret: we have suffered under yokes and losses, but we were first an empire of song and wisdom. For our children we fold no chains, but a question: how do we bring back that old voice, how do we let the Balkans sing again for everyone, how does Bulgaria become a home of pride and melody again?
January 2026
Manna Ori
#026-EN – Through the Eyes of the Bulgarian
À travers les yeux du Bulgare
Dans l’ombre des montagnes Balkan, où le Danube coule à travers le pays comme un vieux père, où les champs de roses fleurissent comme une mer rose et où le vent murmure à travers les tombes thraces, notre histoire commence à une époque de gloire et de fierté. Longtemps avant que les tempêtes du monde extérieur n’arrivent, nous vivions comme le cœur de la Thrace – une terre de rois et de guerriers, où Orphée faisait danser les animaux avec sa lyre et chantait aux morts. Nos ancêtres construisirent des tumulus remplis d’or et d’argent, des temples pour le dieu soleil, des villes comme Plovdiv plus anciennes que Rome. Les Bulgares arrivèrent au VIIe siècle, se mélangèrent aux Slaves et aux Thraces, et fondèrent le Premier Empire bulgare – une grande puissance qui fit trembler Constantinople. Le roi Simeon le Grand fit construire des églises, traduire des livres, créer un alphabet qui forma le monde slave. Nous étions un peuple de poètes et de guerriers, d’huile de rose qui parfumait le monde, de yaourt qui venait de nos montagnes et nourrissait le monde. Chaque famille connaissait les chansons des haïdouks, les danses autour du feu, les monastères sur les sommets où les moines gardaient les manuscrits. C’était notre temps doré : un pays qui se tenait entre l’Orient et l’Occident, mais avait sa propre voix – forte, mélodieuse, incassable.
Mais vint alors la vague de l’extérieur, longue et amère. Les Ottomans nous prirent en 1396, et pendant près de 500 ans nous fûmes sous le joug : taxes en sang (devşirme – garçons enlevés pour devenir janissaires), églises transformées en mosquées, notre langue parlée en secret. Chaque famille connaissait la perte : un fils qui ne revenait pas, une mère murmurant des histoires dans l’obscurité, un peuple qui oubliait presque son nom. Les soulèvements de 1876 furent noyés dans le sang, des milliers assassinés dans le soulèvement d’avril, mais ce feu mena à la libération en 1878 – avec l’aide russe, mais au prix d’une indépendance qui ne se sentit jamais complètement libre. Les guerres mondiales coupèrent notre pays en morceaux à nouveau, l’époque communiste après 1944 apporta l’espoir mais aussi les prisons, le silence et la peur.
De cette profondeur naît une fierté profonde et mélodieuse. Les roses qui fleurissent encore dans la Vallée des Roses, le yaourt qui fait le tour du monde, les voix du chœur bulgare qui touchent l’âme. Nous avons donné au monde l’alphabet cyrillique, la voix de Christo qui enveloppa le monde, les danses qui tournent encore autour du feu. Nos monastères comme Rila et Bachkovo se dressent comme des gardiens, nos haïdouks comme des héros dans les histoires. Nous sommes un peuple qui survit – se relevant après chaque chute, chantant après chaque silence.
Mais la vérité colore magenta comme un coucher de soleil sur les Balkans. L’émigration est grande : la jeunesse part pour une vie meilleure, la population diminue, la corruption ronge la confiance, et le monde extérieur regarde souvent sans voir – il ne voit que l’histoire, pas la lutte d’aujourd’hui pour tenir debout dans un monde qui change vite.
Pourtant nous commémorons en silence : autour du feu où résonnent des chansons sevdah-like, le 3 mars quand nous célébrons la libération, dans les monastères où les bougies brûlent – ne jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants Orphée et Simeon, les roses et les montagnes, pour qu’ils sachent : nous étions grands avant d’être rendus petits.
Et pourtant… une rose fleurit dans la vallée, rose et forte après l’hiver, turquoise comme le Danube qui coule toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous les jougs et les pertes, mais nous étions d’abord un empire de chant et de sagesse. Pour nos enfants nous ne plions pas de chaînes, mais une question : comment ramener cette ancienne voix, comment laisser les Balkans chanter à nouveau pour tout le monde, comment la Bulgarie redevient-elle un foyer de fierté et de mélodie ?
Janvier 2026
Manna Ori
#026-FR – À travers les yeux du Bulgare