Through the Eyes of the Burundian
In the green hills where the lakes shimmer like mirrors of the sky, where coffee beans ripen under a gentle sun and the wind rustles through banana plantations like an old lullaby, our story begins in a time of unity and wealth. Long before foreign hands seized our land, we lived as the heart of the kingdoms of Burundi: the Bantu peoples, the Batwa as the oldest inhabitants, and the Tutsi and Hutu who lived together in a symbiosis of cattle herders and farmers. Our kings (Mwami) ruled with wisdom and rituals, the drum (ingoma) spoke for the people, and the ganwa – the royal family – guarded the harmony. We cultivated sorghum and bananas, drank sorghum beer in family circles, danced the umuganuro – the harvest dance – where everyone gathered in colorful clothing and laughter. Every family knew the stories of Gihanga, the legendary founder, the cattle that gave wealth and status, the agriculture that made the hills bloom. That was our golden time: a land of small kingdoms where differences were celebrated, where Tutsi cattle herders and Hutu farmers needed each other, where the Batwa knew the forests and made the medicines. A people that lived in balance with the earth and with each other.
But then came the wave from outside, deep and long-lasting. The Germans colonized us in 1899, followed by the Belgians after the First World War. They divided us: identity cards with "Tutsi" or "Hutu", privileges to the Tutsi, and a gap that never existed before. Independence in 1962 brought hope, but also blood: coups, assassinations of leaders, massacres in 1965, 1972 (the "Ikinu" – tens of thousands of Hutu killed), 1988 and 1993. Every family knew the loss: a brother who disappeared, a village that burned, a child who fled to the forests or across the border. The civil war from 1993 to 2005 was a hell: more than 300,000 dead, millions displaced, women and children suffering under violence, hunger, and fear. The outside world watched, sometimes helped, sometimes was silent.
From that depth comes a pride that is deep and silent. The drum that still beats during ceremonies, the coffee that reaches the world, the dances that fill the hills. We built peace with the Arusha Agreement of 2000, with a shared government, with Pierre Nkurunziza who taught us that Burundi can rise. Our women carry their burdens with strength, our youth dream of a better life, our lakes (Tanganyika, the deepest in Africa) continue to feed us. We are a people that survives – rising again after every fall, singing again after every silence.
But the truth colors magenta like an open wound in the hills. Since 2015 political crises have torn our country again: protests, violence, refugee flows, poverty that cuts deep, youth who leave. The outside world often looks without seeing – they see only the history of violence, not the beauty that survived, not the hope that still breathes.
Yet we commemorate in silence: around the fire where stories are passed on, during Independence Day on July 1 when we raise our flag, in the hills where coffee grows – never forget who we were. We tell our children of the old kings and the drum, of the unity that once was, so they know: we were connected before we were divided.
And yet… a coffee flower blooms in the hills, white and pure after the storm, turquoise like the water of Tanganyika that always carries us. That is our secret: we have suffered under colonization, massacres, and division, but we were first a land of unity and dance. For our children we fold no chains, but a question: how do we bring back that old unity, how do we let the hills sing again for everyone, how does Burundi become a home of harmony and hope again?
January 2026
Manna Ori
#028-EN – Through the Eyes of the Burundian
À travers les yeux du Burundais
Dans les collines vertes où les lacs scintillent comme des miroirs du ciel, où les grains de café mûrissent sous un soleil doux et où le vent murmure à travers les plantations de bananiers comme une ancienne berceuse, notre histoire commence dans un temps d’unité et de richesse. Longtemps avant que des mains étrangères ne saisissent notre terre, nous vivions comme le cœur des royaumes du Burundi : les peuples Bantu, les Batwa comme les habitants les plus anciens, et les Tutsi et Hutu qui vivaient ensemble dans une symbiose de gardiens de bétail et de cultivateurs. Nos rois (Mwami) régnaient avec sagesse et rituels, le tambour (ingoma) parlait pour le peuple, et les ganwa – la famille royale – gardaient l’harmonie. Nous cultivions du sorgho et des bananes, buvions de la bière de sorgho en cercles familiaux, dansions l’umuganuro – la danse de la récolte – où tout le monde se réunissait en vêtements colorés et rires. Chaque famille connaissait les histoires de Gihanga, le fondateur légendaire, les vaches qui donnaient richesse et statut, l’agriculture qui faisait fleurir les collines. C’était notre temps doré : un pays de petits royaumes où les différences étaient célébrées, où les Tutsi gardiens de bétail et les Hutu cultivateurs avaient besoin les uns des autres, où les Batwa connaissaient les forêts et fabriquaient les remèdes. Un peuple qui vivait en équilibre avec la terre et entre eux.
Mais vint alors la vague de l’extérieur, profonde et durable. Les Allemands nous colonisèrent en 1899, suivis par les Belges après la Première Guerre mondiale. Ils nous divisèrent : cartes d’identité avec « Tutsi » ou « Hutu », privilèges aux Tutsi, et un fossé qui n’avait jamais existé. L’indépendance en 1962 apporta l’espoir, mais aussi le sang : coups d’État, assassinats de leaders, massacres en 1965, 1972 (l’« Ikinu » – des dizaines de milliers de Hutu tués), 1988 et 1993. Chaque famille connaissait la perte : un frère qui disparaissait, un village qui brûlait, un enfant qui fuyait dans les forêts ou à travers la frontière. La guerre civile de 1993 à 2005 fut un enfer : plus de 300 000 morts, des millions de déplacés, des femmes et des enfants souffrant de violence, de faim et de peur. Le monde extérieur regardait, parfois aidait, parfois se taisait.
De cette profondeur naît une fierté profonde et silencieuse. Le tambour qui bat encore lors des cérémonies, le café qui atteint le monde, les danses qui remplissent les collines. Nous avons construit la paix avec l’Accord d’Arusha de 2000, avec un gouvernement partagé, avec Pierre Nkurunziza qui nous a appris que le Burundi peut se relever. Nos femmes portent leurs fardeaux avec force, nos jeunes rêvent d’une vie meilleure, nos lacs (Tanganyika, le plus profond d’Afrique) continuent de nous nourrir. Nous sommes un peuple qui survit – se relevant après chaque chute, chantant après chaque silence.
Mais la vérité colore magenta comme une plaie ouverte dans les collines. Depuis 2015 les crises politiques déchirent à nouveau notre pays : protestations, violence, flux de réfugiés, pauvreté qui coupe profond, jeunes qui partent. Le monde extérieur regarde souvent sans voir – il ne voit que l’histoire de violence, pas la beauté qui a survécu, pas l’espoir qui respire encore.
Pourtant nous commémorons en silence : autour du feu où les histoires se transmettent, pendant le Jour de l’Indépendance le 1er juillet quand nous hissons notre drapeau, dans les collines où pousse le café – ne jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants les anciens rois et le tambour, l’unité qui existait, pour qu’ils sachent : nous étions connectés avant d’être divisés.
Et pourtant… une fleur de café fleurit dans les collines, blanche et pure après la tempête, turquoise comme l’eau du Tanganyika qui nous porte toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous la colonisation, les massacres et la division, mais nous étions d’abord un pays d’unité et de danse. Pour nos enfants nous ne plions pas de chaînes, mais une question : comment ramener cette ancienne unité, comment laisser les collines chanter à nouveau pour tout le monde, comment le Burundi redevient-il un foyer d’harmonie et d’espoir ?
Janvier 2026
Manna Ori
#028-FR – À travers les yeux du Burundais