Through the Eyes of the Cameroonian
In the green highlands where the mountains of the Adamawa plateau rise like ancient sentinels, where the rainforests of the south breathe with life and the savannas of the north wave under an endless sky, our story begins in a time of diversity and strength. Long before foreign hands seized our land, we lived as more than 250 peoples – the Bamileke in the western hills, the Bamoun with their kingdoms of art and wisdom, the Fulani in the north with their cattle and nomadic freedom, the Bantu in the south, the Pygmies in the forests who knew the secrets of nature. Our kings built palaces of mud and wood, our craftsmen hammered bronze into masks and statues, our farmers cultivated manioc, plantain, and cocoa in harmony with the seasons. We danced makossa and bikutsi, told stories around the fire, honored ancestors and the spirits of rivers and mountains. Every family knew the council of elders, the markets where trade flourished, the communities where differences were a wealth – not a threat. That was our golden time: a land that was Africa in miniature, a mosaic of languages, cultures, and colors, where people lived as brothers and sisters of the earth.
But then came the wave from outside, like a storm from two skies. The Germans colonized us in 1884, followed by the French and British who divided our land in 1916 – French Cameroon and British Cameroon, with borders that tore families and peoples apart. Independence in 1960 and 1961 brought unity under Ahmadou Ahidjo, but also tensions: the language border remained a cut. The single party, the one-party state, brought stability but also silence. And the pain remained: the gap between north and south, between French and English, between rich and poor. Droughts in the north, corruption, and later Boko Haram attacks in the far north that burned villages and drove families to flee.
From that depth comes a pride that is warm and colorful. The makossa that made the world dance, the bikutsi that makes the hills tremble, the football that unites us – the Indomitable Lions that make Africa proud. Our masks and statues from Bamoun and Bangwa, our coffee and cocoa that feed the world, our languages that still sound in villages and cities. We are a land of 250 peoples who are yet one – in the markets of Douala, in the highlands of Bamenda, in the savannas of Maroua. Our women carry their burdens with strength, our youth dream big, our music fills the night.
But the truth colors magenta like an open wound in the rainforests. Corruption eats at trust, the gap between rich and poor grows, the English-speaking regions feel forgotten and call for more justice, Boko Haram and separatist tensions bring fear. The outside world buys our raw materials, but often does not see the beauty and the pain.
Yet we commemorate in silence: around the fire where stories are passed on, during Independence Day on January 1 when we raise our flag, in the markets where everyone comes together – never forget who we were. We tell our children of the old kings and the masks, of the unity that existed, so they know: we were diverse and strong before we were divided.
And yet… bikutsi sounds through the hills, rhythmic and lively, turquoise like the sea that embraces us on the coast. That is our secret: we have suffered under colonization, division, and violence, but we were first a land of 250 peoples in harmony. For our children we fold no walls, but a question: how do we bring back that old unity, how do we let the hills sing again for everyone, how does Cameroon become a home of colors and strength again?
January 2026
Manna Ori
#031-EN – Through the Eyes of the Cameroonian
À travers les yeux du Camerounais
Dans les hautes terres vertes où les montagnes du plateau de l’Adamawa se dressent comme d’anciens sentinelles, où les forêts tropicales du sud respirent de vie et où les savanes du nord ondulent sous un ciel infini, notre histoire commence dans un temps de diversité et de force. Longtemps avant que des mains étrangères ne saisissent notre terre, nous vivions comme plus de 250 peuples – les Bamileke dans les collines de l’ouest, les Bamoun avec leurs royaumes d’art et de sagesse, les Fulani dans le nord avec leur bétail et leur liberté nomade, les Bantu dans le sud, les Pygmées dans les forêts qui connaissaient les secrets de la nature. Nos rois construisaient des palais de boue et de bois, nos artisans martelaient le bronze en masques et statues, nos paysans cultivaient manioc, plantain et cacao en harmonie avec les saisons. Nous dansions makossa et bikutsi, racontions des histoires autour du feu, honorions les ancêtres et les esprits des rivières et des montagnes. Chaque famille connaissait le conseil des anciens, les marchés où le commerce florissait, les communautés où les différences étaient une richesse – non une menace. C’était notre temps doré : un pays qui était l’Afrique en miniature, une mosaïque de langues, de cultures et de couleurs, où les gens vivaient comme des frères et sœurs de la terre.
Mais vint alors la vague de l’extérieur, comme une tempête venue de deux cieux. Les Allemands nous colonisèrent en 1884, suivis par les Français et les Britanniques qui divisèrent notre terre en 1916 – Cameroun français et Cameroun britannique, avec des frontières qui déchirèrent familles et peuples. L’indépendance en 1960 et 1961 apporta l’unité sous Ahmadou Ahidjo, mais aussi des tensions : la frontière linguistique resta une coupure. Le parti unique, l’État à parti unique, apporta la stabilité mais aussi le silence. Et la douleur resta : l’écart entre nord et sud, entre français et anglais, entre riches et pauvres. Les sécheresses au nord, la corruption, et plus tard les attaques de Boko Haram dans l’extrême nord qui brûlèrent des villages et forcèrent des familles à fuir.
De cette profondeur naît une fierté chaude et multicolore. Le makossa qui fit danser le monde, le bikutsi qui fait trembler les collines, le football qui nous unit – les Lions Indomptables qui rendent l’Afrique fière. Nos masques et statues de Bamoun et Bangwa, notre café et cacao qui nourrissent le monde, nos langues qui résonnent encore dans les villages et les villes. Nous sommes un pays de 250 peuples qui ne font pourtant qu’un – dans les marchés de Douala, dans les hautes terres de Bamenda, dans les savanes de Maroua. Nos femmes portent leurs fardeaux avec force, nos jeunes rêvent grand, notre musique remplit la nuit.
Mais la vérité colore magenta comme une plaie ouverte dans les forêts tropicales. La corruption ronge la confiance, l’écart entre riches et pauvres grandit, les régions anglophones se sentent oubliées et appellent à plus de justice, Boko Haram et les tensions séparatistes apportent la peur. Le monde extérieur achète nos matières premières, mais ne voit souvent ni la beauté ni la douleur.
Pourtant nous commémorons en silence : autour du feu où les histoires se transmettent, pendant le Jour de l’Indépendance le 1er janvier quand nous hissons notre drapeau, dans les marchés où tout le monde se réunit – ne jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants les anciens rois et les masques, l’unité qui existait, pour qu’ils sachent : nous étions divers et forts avant d’être divisés.
Et pourtant… le bikutsi résonne à travers les collines, rythmique et vivant, turquoise comme la mer qui nous embrasse sur la côte. C’est notre secret : nous avons souffert sous la colonisation, la division et la violence, mais nous étions d’abord un pays de 250 peuples en harmonie. Pour nos enfants nous ne plions pas de murs, mais une question : comment ramener cette ancienne unité, comment laisser les collines chanter à nouveau pour tout le monde, comment le Cameroun redevient-il un foyer de couleurs et de force ?
Janvier 2026
Manna Ori
#031-FR – À travers les yeux du Camerounais