Through the Eyes of the Chadian
In the vast savannas where the Sahel touches the horizon, where the Chari River flows like a lifeblood through the land and the wind whispers through acacias like an ancient song, our story begins in a time of unity and survival. Long before foreign powers seized our land, we lived as the peoples of the ancient kingdom of Kanem-Bornu: the Kanembu and Kanuri in the north, the Sara in the south, the Arab nomads, the Tubu in the desert of Borkou-Ennedi-Tibesti. Our kings ruled with wisdom, the market of Kukawa flourished with salt, gold, and trade in knowledge and connection. We grew sorghum and millet in the dry seasons, herded cattle that was our life and wealth, and honored the spirits of the river and desert. Councils of elders decided, storytellers filled the nights with tales of the Sao civilization, dances and drums brought community. Every family knew drought as a test, but rain as a gift – a people who learned to live with the earth, in harmony with what the sky gave. That was our golden time: a land that endured for centuries, a crossroads of cultures, the heart of the Sahel where people lived as brothers and sisters of the wind and sand, strong and connected.
But then came the wave from outside, like a storm falling from the sky. The French colonized us in 1900, called us Tchad, and made us part of French Equatorial Africa. They took our land, forced us to work, drew borders without respect for peoples. Independence in 1960 brought François Tombalbaye, but also division: north against south, Muslim against Christian. Coups followed one another, dictatorships, and in 1979 the civil war broke out – years of chaos, rebels, Libyan invasions. Every family knew the loss: a son who fought, a village that burned, a child who fled to the border. The smell of smoke, the silence after shots, the drought that brought hunger. And since 2005, with rebellion in the east and Boko Haram attacks around Lake Chad, the pain continues: thousands dead, millions displaced, villages vanishing.
From that depth comes a pride that is deep and quiet. The herders who still cross the Sahel, the women who make and sell shea butter, the music of the balafon that touches the soul. We have found our voice again in small things: communities rebuilding, youth dreaming of peace, the Chari River that keeps flowing despite everything. Our president Idriss Déby fought for our country until the end, and now his son – a people that survives, that forgives but never forgets.
But the truth colors magenta like a sunset over the savanna. Wars persist: rebels, jihadists, drought hardening the ground, poverty running deep. The outside world buys our cotton and oil, but helps too little against the storms that tear us apart. Hope sometimes feels thin, but resilience remains.
Yet we remember in silence: around the fire where stories are passed on, during Independence Day on August 11 when we raise our flag, in the desert where the spirits still speak – never forgetting who we were. We tell our children of Kanem-Bornu and the old kings, of the river and savanna, so they know: we were strong and connected before we were broken.
And yet… an acacia stands in the Sahel, green and strong after the drought, turquoise like the water of Lake Chad that always carries us. That is our secret: we suffered under colonization, wars, and drought, but we were first a land of kingdoms and unity. For our children we fold no chains, but a question: how do we bring back that old connection, how do we let the savanna bloom again for everyone, how does Chad become again a home of peace and strength?
January 2026
Manna Ori
34. Through the Eyes of the Chadian
À Travers les Yeux du Tchadien
Dans les vastes savanes où le Sahel touche l’horizon, où le fleuve Chari coule comme une artère vitale à travers le pays et où le vent murmure dans les acacias comme un chant ancien, notre histoire commence dans un temps d’unité et de survie. Bien avant que les puissances étrangères ne saisissent notre terre, nous vivions comme les peuples de l’ancien royaume de Kanem-Bornu : les Kanembu et Kanuri au nord, les Sara au sud, les nomades arabes, les Tubu dans le désert du Borkou-Ennedi-Tibesti. Nos rois régnaient avec sagesse, le marché de Kukawa florissait avec du sel, de l’or et du commerce de savoir et de lien. Nous cultivions sorgho et millet pendant les saisons sèches, gardions du bétail qui était notre vie et notre richesse, et honorions les esprits du fleuve et du désert. Les conseils d’anciens décidaient, les conteurs remplissaient les nuits d’histoires de héros de la civilisation Sao, les danses et les tambours apportaient la communauté. Chaque famille connaissait la sécheresse comme une épreuve, mais la pluie comme un don – un peuple qui apprenait à vivre avec la terre, en harmonie avec ce que le ciel donnait. C’était notre temps d’or : un pays qui a résisté pendant des siècles, un carrefour de cultures, le cœur du Sahel où les gens vivaient comme frères et sœurs du vent et du sable, forts et connectés.
Mais vint alors la vague de l’extérieur, comme un orage tombant du ciel. Les Français nous colonisèrent en 1900, nous appelèrent Tchad et nous intégrèrent à l’Afrique-Équatoriale française. Ils prirent nos terres, nous forcèrent au travail, tracèrent des frontières sans respect pour les peuples. L’indépendance en 1960 apporta François Tombalbaye, mais aussi division : nord contre sud, musulman contre chrétien. Les coups d’État se succédèrent, les dictatures, et en 1979 éclata la guerre civile – des années de chaos, de rebelles, d’invasions libyennes. Chaque famille connaissait la perte : un fils qui combattait, un village qui brûlait, un enfant qui fuyait vers la frontière. L’odeur de fumée, le silence après les tirs, la sécheresse qui apportait la faim. Et depuis 2005, avec la rébellion à l’est et les attaques de Boko Haram autour du lac Tchad, la douleur continue : des milliers de morts, des millions de déplacés, des villages qui disparaissent.
De cette profondeur surgit une fierté profonde et silencieuse. Les éleveurs qui traversent encore le Sahel, les femmes qui fabriquent et vendent du beurre de karité, la musique du balafon qui touche l’âme. Nous avons retrouvé notre voix dans les petites choses : des communautés qui reconstruisent, des jeunes qui rêvent de paix, le fleuve Chari qui continue de couler malgré tout. Notre président Idriss Déby a combattu pour notre pays jusqu’à la fin, et maintenant son fils – un peuple qui survit, qui pardonne mais n’oublie jamais.
Mais la vérité colore magenta comme un coucher de soleil sur la savane. Les guerres persistent : rebelles, jihadistes, sécheresse qui durcit le sol, pauvreté profonde. Le monde extérieur achète notre coton et notre pétrole, mais aide trop peu contre les tempêtes qui nous déchirent. L’espoir semble parfois mince, mais la résilience demeure.
Pourtant nous nous souvenons en silence : autour du feu où les histoires se transmettent, lors de la Fête de l’Indépendance le 11 août quand nous hissons notre drapeau, dans le désert où les esprits parlent encore – sans jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants Kanem-Bornu et les anciens rois, le fleuve et la savane, pour qu’ils sachent : nous étions forts et connectés avant d’être brisés.
Et pourtant… un acacia se dresse dans le Sahel, vert et fort après la sécheresse, turquoise comme l’eau du lac Tchad qui nous porte toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous la colonisation, les guerres et la sécheresse, mais nous étions d’abord un pays de royaumes et d’unité. Pour nos enfants nous ne plions pas de chaînes, mais une question : comment ramener cette ancienne connexion, comment laisser la savane refleurir pour tous, comment le Tchad redevient-il un foyer de paix et de force ?
Janvier 2026
Manna Ori
34. À Travers les Yeux du Tchadien