Through the Eyes of the Comorian

In the blue embrace of the Indian Ocean, where volcanic islands rise like green jewels from the water, where thescent of ylang-ylang and vanilla floats through the air and waves gently kiss black lava beaches, our story beginsin a time of simplicity and connection. Long before foreign sails filled the horizon, we lived as the peoples of theComoros: the WaNgazija, WaAnjouani, WaMwali, and WaMaore – descendants of Bantu, Arab, Malagasy, andPersian bloodlines that blended over centuries. Our ancestors built small kingdoms on the islands, with sultanswho ruled with wisdom and council, with houses of coral stone and palm leaf, with markets where spices, ivory,and slaves were traded. We grew vanilla and cloves in the fertile volcanic soil, fished with canoes in the lagoons,danced the twarab and shigoma to the rhythm of the tari. The spirits of the ancestors were honored inceremonies, the women wore their shiromani with pride, the men their kofia. Every family knew the stories of thedjinns, the prayers in mosques with their Arab arches, the communities where sharing was normal and respectfor elders was law. That was our golden time: an archipelago of harmony, where Africa, Arabia, and Asia meltedinto something unique, where the sea connected us and the islands protected us.

But then came the wave from outside, like a storm rising from the ocean. The French colonized us in the 19thcentury, called us Comores, and made us a colony. They took our spices, our land, our people as laborers.Independence in 1975 brought Ahmed Abdallah, but also coups, dictatorships, and instability. Every family knewthe loss: a brother who fought in political struggles, a village that remained poor while the world ate our vanilla, achild who emigrated because hope on the islands grew thin. The separation of Mayotte in 1974, which remainedFrench while the other islands became independent, tore our people in two – families divided across artificialborders. The outside world watched, bought our spices, but often saw not the pain of a small country strugglingto exist.

From that depth comes a pride that is warm and melodic. The twarab music that fills the nights, the ylang-ylangthat perfumes the world, the cloves that made our islands famous. Our women wear their shiromani withelegance, our men their kofia with dignity. We have found our voice again in small things: the markets of Moroniwhere everything is still traded by hand, the dances on the beach, the Islam that connects us in prayer. Ourpeople who survive – on the islands, in the diaspora in France, in the hope of a better day.

But the truth colors magenta like a sunset over the Indian Ocean. The scars remain: droughts that harden thesoil, youth emigration, political instability that sometimes returns, the separation with Mayotte that still breaksfamilies. The outside world buys our vanilla and cloves, but often sees not the struggle to survive on these smallislands.

Yet we remember in silence: on the beaches where the waves sing, during Independence Day on July 6 whenwe raise our flag, in the mosques where the call to prayer sounds – never forgetting who we were. We tell ourchildren of the old sultans and the twarab, of the sea and volcanoes, so they know: we were connected and richbefore we were broken.

And yet… a ylang-ylang blooms in the night, fragrant and strong after the storm, turquoise like the sea thatalways carries us. That is our secret: we suffered under colonization, separation, and instability, but we were firstan archipelago of harmony and music. For our children we fold no chains, but a question: how do we bring backthat old connection, how do we let the islands sing again for everyone, how do the Comoros become again ahome of fragrance and peace?

January 2026

Manna Ori

38. Through the Eyes of the Comorian

À Travers les Yeux du Comorien

Dans l’étreinte bleue de l’océan Indien, où les îles volcaniques surgissent comme des joyaux verts de l’eau, où le parfum d’ylang-ylang et de vanille flotte dans l’air et où les vagues embrassent doucement les plages de lave noire, notre histoire commence dans un temps de simplicité et de connexion. Bien avant que des voiles étrangères ne remplissent l’horizon, nous vivions comme les peuples des Comores : les WaNgazija, WaAnjouani, WaMwali et WaMaore – descendants de lignées bantoues, arabes, malgaches et perses qui se sont fondues au fil des siècles. Nos ancêtres ont construit de petits royaumes sur les îles, avec des sultans qui régnaient avec sagesse et conseil, avec des maisons de pierre corallienne et de feuilles de palmier, avec des marchés où épices, ivoire et esclaves étaient échangés. Nous cultivions vanille et clous de girofle dans le sol volcanique fertile, pêchions avec des pirogues dans les lagons, dansions le twarab et le shigoma sur le rythme du tari. Les esprits des ancêtres étaient honorés dans des cérémonies, les femmes portaient leur shiromani avec fierté, les hommes leur kofia. Chaque famille connaissait les histoires des djinns, les prières dans les mosquées aux arches arabes, les communautés où le partage était normal et le respect des aînés était loi. C’était notre temps d’or : un archipel d’harmonie, où l’Afrique, l’Arabie et l’Asie se fondaient en quelque chose d’unique, où la mer nous unissait et les îles nous protégeaient.

Mais vint alors la vague de l’extérieur, comme une tempête surgissant de l’océan. Les Français nous colonisèrent au 19e siècle, nous appelèrent Comores et nous firent une colonie. Ils prirent nos épices, nos terres, notre peuple comme main-d’œuvre. L’indépendance en 1975 apporta Ahmed Abdallah, mais aussi des coups d’État, des dictatures et de l’instabilité. Chaque famille connaissait la perte : un frère qui luttait dans les luttes politiques, un village qui restait pauvre pendant que le monde mangeait notre vanille, un enfant qui émigrait parce que l’espoir sur les îles s’amincissait. La séparation de Mayotte en 1974, qui resta française tandis que les autres îles devenaient indépendantes, déchira notre peuple en deux – des familles divisées par des frontières artificielles. Le monde extérieur regardait, achetait nos épices, mais voyait souvent pas la douleur d’un petit pays qui luttait pour exister.

De cette profondeur surgit une fierté chaude et mélodieuse. La musique twarab qui remplit les nuits, l’ylang-ylang qui parfume le monde, les clous de girofle qui rendirent nos îles célèbres. Nos femmes portent leur shiromani avec élégance, nos hommes leur kofia avec dignité. Nous avons retrouvé notre voix dans les petites choses : les marchés de Moroni où tout est encore échangé à la main, les danses sur la plage, l’islam qui nous unit dans la prière. Notre peuple qui survit – sur les îles, dans la diaspora en France, dans l’espoir d’un meilleur jour.

Mais la vérité colore magenta comme un coucher de soleil sur l’océan Indien. Les cicatrices restent : les sécheresses qui durcissent le sol, l’émigration des jeunes, l’instabilité politique qui revient parfois, la séparation avec Mayotte qui brise encore les familles. Le monde extérieur achète notre vanille et nos clous de girofle, mais voit souvent pas la lutte pour survivre sur ces petites îles.

Pourtant nous nous souvenons en silence : sur les plages où les vagues chantent, lors de la Fête de l’Indépendance le 6 juillet quand nous hissons notre drapeau, dans les mosquées où résonne l’appel à la prière – sans jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants les anciens sultans et le twarab, la mer et les volcans, pour qu’ils sachent : nous étions connectés et riches avant d’être brisés.

Et pourtant… un ylang-ylang fleurit dans la nuit, parfumé et fort après la tempête, turquoise comme la mer qui nous porte toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous la colonisation, la séparation et l’instabilité, mais nous étions d’abord un archipel d’harmonie et de musique. Pour nos enfants nous ne plions pas de chaînes, mais une question : comment ramener cette ancienne connexion, comment laisser les îles chanter de nouveau pour tous, comment les Comores redeviennent-elles un foyer de parfum et de paix ?

Janvier 2026

Manna Ori

38. À Travers les Yeux du Comorien

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