Through the Eyes of the Congolese (Republic)
In the land where the Congo River flows like a broad, gentle arm through the north, where the northern rainforests breathe with life and the southern savannas wave under a high sky, our story begins in a time of peace and connection. Long before foreign powers seized our land, we lived as the peoples of the ancient Kongo kingdom, the Teke, Bateke, Bakongo, Mbochi, and many others. Our kings ruled wisely over kingdoms along the river, our craftsmen wove raffia and carved masks that spoke to the spirits, our farmers grew manioc and bananas in the fertile soil. The Teke knew their sacred kings and fetishes, the Bakongo their ceremonies around the river, the Pygmies the secrets of the forest. We lived in harmony with nature: hunters who respected what they took, fishers who honored the current, communities where sharing was normal and the ancestors spoke through spirits. Every family knew the stories of creation, the dances around the fire, the councils of elders who decided with consensus. That was our golden time: a land of rivers and forests, rich in cultures and connection, a part of Africa's heart where people lived as brothers and sisters of the stream and the earth.
But then came the wave from outside, like a storm rising from the sea. The French colonized us in the 19th century, called us Moyen-Congo, and made us a colony. They took our land, forced us to work on plantations, drew borders without respect for peoples. Independence in 1960 brought hope with Fulbert Youlou and later Marien Ngouabi, but also coups, dictatorships, and division. In 1997 the civil war broke out: rebels, militias, foreign interference, Brazzaville in flames, thousands dead, hundreds of thousands fleeing. Every family knew the loss: a brother who fought, a home that burned, a child who fled into the forests or across the river. The smell of smoke, the silence after shots, the emptiness in the villages.
From that depth comes a pride that is warm and rhythmic. The soukous that makes hips sway, the rumba congolaise that touches the soul, the masks and statues still made. Our women carry their burdens with strength, our youth dream of a better life, our music – from Aurlus Mabélé to Fally Ipupa – fills the world. We have found our voice again in small things: the markets of Brazzaville where everything is still traded by hand, the river that keeps flowing, the communities that rebuild after the storms.
But the truth colors magenta like a sunset over the Congo River. The scars remain: oil and timber that feed our country but also divide it, poverty in the villages, political tensions that sometimes return, youth emigrating because hope sometimes feels thin. The outside world buys our oil and timber, but often sees not the pain of the wars, not the struggle for unity.
Yet we remember in silence: on the riverbanks where stories are passed on, during Independence Day on August 15 when we raise our flag, in the forests where the spirits still speak – never forgetting who we were. We tell our children of the ancient kingdoms and the river, of the unity that once was, so they know: we were connected and rich before we were broken.
And yet… the Congo flows through the land, wide and strong after the storm, turquoise like the water that always carries us. That is our secret: we suffered under colonization, civil wars, and division, but we were first a land of kingdoms and music. For our children we fold no chains, but a question: how do we bring back that old connection, how do we let the river sing again for everyone, how does the Republic of Congo become again a home of rhythm and peace?
January 2026
Manna Ori
40. Through the Eyes of the Congolese (Republic)
À Travers les Yeux du Congolais (République)
Dans le pays où le fleuve Congo coule comme un bras large et doux à travers le nord, où les forêts tropicales du nord respirent de vie et où les savanes du sud ondulent sous un ciel haut, notre histoire commence dans un temps de paix et de connexion. Bien avant que les puissances étrangères ne saisissent notre terre, nous vivions comme les peuples de l’ancien royaume Kongo, les Teke, Bateke, Bakongo, Mbochi et bien d’autres. Nos rois régnaient avec sagesse sur des royaumes le long du fleuve, nos artisans tissaient du raphia et sculptaient des masques qui parlaient aux esprits, nos paysans cultivaient manioc et bananes dans le sol fertile. Les Teke connaissaient leurs rois sacrés et leurs fétiches, les Bakongo leurs cérémonies autour du fleuve, les Pygmées les secrets de la forêt. Nous vivions en harmonie avec la nature : chasseurs qui respectaient ce qu’ils prenaient, pêcheurs qui honoraient le courant, communautés où le partage était normal et les ancêtres parlaient par les esprits. Chaque famille connaissait les histoires de la création, les danses autour du feu, les conseils d’anciens qui décidaient par consensus. C’était notre temps d’or : un pays de rivières et de forêts, riche en cultures et en connexion, une partie du cœur de l’Afrique où les gens vivaient comme frères et sœurs du courant et de la terre.
Mais vint alors la vague de l’extérieur, comme une tempête surgissant de la mer. Les Français nous colonisèrent au 19e siècle, nous appelèrent Moyen-Congo et nous firent une colonie. Ils prirent nos terres, nous forcèrent au travail sur les plantations, tracèrent des frontières sans respect pour les peuples. L’indépendance en 1960 apporta l’espoir avec Fulbert Youlou et plus tard Marien Ngouabi, mais aussi des coups d’État, des dictatures et de la division. En 1997 éclata la guerre civile : rebelles, milices, ingérence étrangère, Brazzaville en flammes, des milliers de morts, des centaines de milliers en fuite. Chaque famille connaissait la perte : un frère qui combattait, une maison qui brûlait, un enfant qui fuyait dans les forêts ou de l’autre côté du fleuve. L’odeur de fumée, le silence après les tirs, le vide dans les villages.
De cette profondeur surgit une fierté chaude et rythmée. Le soukous qui fait bouger les hanches, la rumba congolaise qui touche l’âme, les masques et statues encore fabriqués. Nos femmes portent leurs fardeaux avec force, nos jeunes rêvent d’une vie meilleure, notre musique – d’Aurlus Mabélé à Fally Ipupa – remplit le monde. Nous avons retrouvé notre voix dans les petites choses : les marchés de Brazzaville où tout est encore échangé à la main, le fleuve qui continue de couler, les communautés qui reconstruisent après les tempêtes.
Mais la vérité colore magenta comme un coucher de soleil sur le fleuve Congo. Les cicatrices restent : le pétrole et le bois qui nourrissent notre pays mais le divisent aussi, la pauvreté dans les villages, les tensions politiques qui reviennent parfois, les jeunes qui émigrent parce que l’espoir semble parfois mince. Le monde extérieur achète notre pétrole et notre bois, mais voit souvent pas la douleur des guerres, pas la lutte pour l’unité.
Pourtant nous nous souvenons en silence : sur les rives du fleuve où les histoires se transmettent, lors de la Fête de l’Indépendance le 15 août quand nous hissons notre drapeau, dans les forêts où les esprits parlent encore – sans jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants les anciens royaumes et le fleuve, l’unité qui existait, pour qu’ils sachent : nous étions connectés et riches avant d’être brisés.
Et pourtant… le Congo coule à travers le pays, large et fort après la tempête, turquoise comme l’eau qui nous porte toujours. C’est notre secret : nous avons souffert sous la colonisation, les guerres civiles et la division, mais nous étions d’abord un pays de royaumes et de musique. Pour nos enfants nous ne plions pas de chaînes, mais une question : comment ramener cette ancienne connexion, comment laisser le fleuve chanter de nouveau pour tous, comment la République du Congo redevient-elle un foyer de rythme et de paix ?
Janvier 2026
Manna Ori
40. À Travers les Yeux du Congolais (République)