Through the Eyes of the Haitian
The first thing you hear as morning breaks over the mountains of Cap-Haïtien is the deep, rolling sound of a raradrum struck once, mingled with the distant crow of a rooster and the scent of freshly fried akra and pikliz driftingfrom a nearby house. That drum roll carries our story back to a time of freedom and fire, when we as the Tainolived on this island we called Ayiti, “land of high mountains”. Our ancestors built villages along the coast, fishedwith nets in turquoise seas, grew maize and cassava in fertile soil. They danced the areito around the fire, toldstories of the spirits, honoured nature as a living being. Every family knew the mountain paths, the caves wherethey kept sacred images, the communities where sharing was natural and respect for the caciques was law. Thatwas our golden time: an island of mountains and sea, where people lived in harmony with nature as mother andthe spirits as guides, free and connected.
But then came the wave from outside, like a hurricane rising from the Caribbean Sea. The Spaniards arrived in1492 with Columbus, and within decades the Taino were nearly wiped out by disease, forced labour andviolence. African slaves were shipped to plant sugarcane, their backs broken under the sun, their spiritssmothered but never killed. Every family knew the loss: an ancestor who came in chains, a language that had tosurvive in secret, a culture that blended to endure. Independence in 1804 – the first Black republic in the world,after the revolution of Toussaint Louverture, Dessalines and Christophe – brought freedom, but also centuries ofisolation, debt to France, dictatorships and poverty. Every family knew the hope and the disappointment, theearthquake of 2010 that took hundreds of thousands of lives, the silence in the streets of Port-au-Prince.
From that depth rises a pride that is hot and unbreakable. The rara that fills the streets during carnival, the vodouthat lets the spirits speak, the griot stories passed through generations. Our rum that warms the soul, our art ofHector Hyppolite that touches the world, our people who laugh through tears. We have found our voice again:the revolution that showed the world slaves can be free, the hope that still burns in the mountains.
Yet the truth colours magenta like a sunset over the Citadelle Laferrière. The scars remain: deep poverty, politicalunrest that returns, the emigration of youth, the memory of the earthquake and the revolution. The outside worldbuys our rum and our art, but often does not feel the depth of a people that never broke.
Still, we remember in silence: around the fire where rara sounds, on Independence Day the 1st of January whenwe raise our flag, in the mountains where the spirits still speak – never forgetting who we were. We tell ourchildren of Toussaint and of Dessalines, of the mountains and the sea, so they know: we were connected andfree before we were challenged.
And yet… the rara continues, deep and rhythmic, like a heartbeat that never falls silent. That is our secret: wehave suffered under slavery, dictatorship and disasters, but first we were an island of freedom and fire. For ourchildren we build no walls, but a rara circle where everyone may join the dance. How do we let that drum rollbring hope to all once more, how does Haiti remain a home of rhythm and resilience?
January 2026
Manna Ori
À travers les yeux de l’Haïtien
La première chose que l’on entend quand le matin se lève sur les montagnes de Cap-Haïtien est le profond roulement d’un tambour rara frappé une fois, mêlé au cri lointain d’un coq et à l’odeur d’akra fraîchement frit et de pikliz qui s’échappe d’une maison voisine. Ce roulement de tambour porte notre histoire vers un temps de liberté et de feu, quand nous, les Taïno, vivions sur cette île que nous appelions Ayiti, « terre des hautes montagnes ». Nos ancêtres construisaient des villages le long de la côte, pêchaient au filet dans les mers turquoise, cultivaient maïs et manioc dans le sol fertile. Ils dansaient l’areito autour du feu, racontaient des histoires des esprits, honoraient la nature comme un être vivant. Chaque famille connaissait les sentiers de montagne, les grottes où ils gardaient des images sacrées, les communautés où le partage était naturel et le respect des caciques la loi. C’était notre âge d’or : une île de montagnes et de mer, où les gens vivaient en harmonie avec la nature comme mère et les esprits comme guides, libres et connectés.
Mais alors vint la vague de l’extérieur, comme un ouragan surgi de la mer des Caraïbes. Les Espagnols arrivèrent en 1492 avec Colomb, et en quelques décennies les Taïno furent presque exterminés par les maladies, le travail forcé et la violence. Des esclaves africains furent amenés pour planter la canne à sucre, leurs dos brisés sous le soleil, leurs esprits étouffés mais jamais tués. Chaque famille savait la perte : un ancêtre qui arrivait enchaîné, une langue qui devait survivre en secret, une culture qui se mélangeait pour perdurer. L’indépendance en 1804 – la première république noire au monde, après la révolution de Toussaint Louverture, Dessalines et Christophe – apporta la liberté, mais aussi des siècles d’isolement, de dettes envers la France, de dictatures et de pauvreté. Chaque famille savait l’espoir et la déception, le tremblement de terre de 2010 qui coûta des centaines de milliers de vies, le silence dans les rues de Port-au-Prince.
De cette profondeur monte une fierté brûlante et incassable. Le rara qui remplit les rues pendant le carnaval, le vaudou qui laisse parler les esprits, les histoires de griots transmises de génération en génération. Notre rhum qui réchauffe l’âme, notre art d’Hector Hyppolite qui touche le monde, notre peuple qui rit à travers les larmes. Nous avons retrouvé notre voix : la révolution qui montra au monde que les esclaves peuvent être libres, l’espoir qui brûle encore dans les montagnes.
Pourtant la vérité se teinte de magenta comme un coucher de soleil sur la Citadelle Laferrière. Les cicatrices demeurent : la pauvreté profonde, l’instabilité politique qui revient, l’émigration des jeunes, le souvenir du tremblement de terre et de la révolution. Le monde extérieur achète notre rhum et notre art, mais ne ressent souvent pas la profondeur d’un peuple qui ne s’est jamais brisé.
Pourtant nous nous souvenons en silence : autour du feu où le rara résonne, le 1er janvier quand nous hissons notre drapeau, dans les montagnes où les esprits parlent encore – sans jamais oublier qui nous étions. Nous racontons à nos enfants Toussaint et Dessalines, les montagnes et la mer, afin qu’ils sachent : nous étions unis et libres avant d’être mis à l’épreuve.
Et pourtant… le rara continue, profond et rythmé, comme un battement de cœur qui ne se tait jamais. C’est notre secret : nous avons souffert sous l’esclavage, la dictature et les catastrophes, mais d’abord nous étions une île de liberté et de feu. Pour nos enfants nous ne construisons pas de murs, mais un cercle de rara où chacun peut danser. Comment laissons-nous ce roulement de tambour ramener l’espoir à tous une fois de plus, comment Haïti reste-t-elle un foyer de rythme et de résilience ?
Janvier 2026
Manna Ori